L’IFPI rejette la directive sur le droit d’auteur

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Depuis la publi­ca­tion par la Com­mis­sion euro­péenne de son pro­jet de direc­tive sur le droit d’au­teur dans le mar­ché unique numé­rique, l’in­dus­trie pho­no­gra­phique s’ef­force d’en affai­blir les dis­po­si­tions favo­rables aux artistes interprètes.

Elle l’a fait avec un cer­tain suc­cès jus­qu’à pré­sent, mais ce qui reste de l’ar­ticle –14 adop­té par le Par­le­ment euro­péen le 12 sep­tembre 2018 est encore trop pour l’IF­PI, qui rejette désor­mais en bloc le pro­jet de directive.

Bien sûr, l’ar­ticle –14 n’est pas l’u­nique rai­son de cette déci­sion radi­cale. L’IFPI sou­haite éga­le­ment que l’ar­ticle 13 (dont l’ob­jet est de cor­ri­ger ce que l’on appelle le « value gap ») s’ap­plique à toutes les pla­te­formes quelle qu’en soit la taille, alors que le com­pro­mis actuel en exo­nère les PME.

Que l’IF­PI réclame un trai­te­ment équi­table de la part du géant You­Tube ne serait pas cho­quant si, de son côté, elle recon­nais­sait aux artistes inter­prètes le droit à une juste part des reve­nus géné­rés en ligne par leur tra­vail et leur talent. Il n’en est mal­heu­reu­se­ment rien car, pour l’IF­PI, l’é­qui­té semble être une notion à géo­mé­trie variable.

Ce pro­jet de direc­tive affiche l’am­bi­tion de moder­ni­ser le droit d’au­teur euro­péen pour l’a­dap­ter au mar­ché numé­rique. Une telle moder­ni­sa­tion ne peut avoir pour effet de péren­ni­ser des pra­tiques qui étaient déjà inéqui­tables à l’é­poque du 33-tours ou du CD et qui sont deve­nues insup­por­tables à l’ère du strea­ming. Il faut mettre fin aux ces­sions de droits uniques et for­fai­taires qui conti­nuent d’être sys­té­ma­ti­que­ment impo­sées aux artistes dans le but de les tenir à l’é­cart des reve­nus issus de l’ex­ploi­ta­tion en ligne de leurs enregistrements.

Une rému­né­ra­tion pro­por­tion­nelle aux recettes d’ex­ploi­ta­tion, garan­tie par des accords col­lec­tifs ou des méca­nismes sta­tu­taires, consti­tue le dis­po­si­tif le plus appro­prié et doit figu­rer expli­ci­te­ment à l’ar­ticle –14. Encou­ra­ger une cor­rec­tion a pos­te­rio­ri des contrats inéqui­tables via un recours amiable (article 15) n’est pas une réponse adé­quate au pro­blème posé : le droit à une juste rému­né­ra­tion ne doit pas dépendre d’une pro­cé­dure aus­si lourde et hasardeuse.

Les orga­ni­sa­tions euro­péennes d’au­teurs et d’ar­tistes inter­prètes, notam­ment la FIM, attendent des négo­cia­teurs du tri­logue qu’ils recon­naissent le bien-fon­dé du cha­pitre III tel qu’a­dop­té par le Par­le­ment le 12 sep­tembre 2018 et en pré­servent les acquis (voir la décla­ra­tion com­mune publiée le 7 février 2019 par ces organisations).